Présentation du projet

Des intérêts croissants, mais des sources d'information marginales

     Si, originairement, l’écologie politique et le féminisme sont le nom de luttes menées par une minorité, ce sont des questions de plus en plus présentes dans les esprits de tout un chacun. Le chemin s’est fait progressivement : d’abord par des interactions entre les organisations militantes et la recherche universitaire, puis dans les politiques publiques, les catalogues des éditeurs et les divers médias. Ces thématiques de critique sociale et politique, désormais omniprésentes, ont plus qu’atteint le grand public.

     Pourtant, peu de place leur est faite dans les programmes scolaires pour approfondir les évolutions de nos pensées à l’égard de ces deux champs de réflexions. Le plus en plus grand intérêt qui leur est porté montre toujours plus qu’ils viennent façonner notre rapport au monde, nos rapports sociaux, ainsi que notre identité personnelle. Mais les sources d’informations, éparses, incomplètes, si elles ont le mérite crucial de sensibiliser, permettent difficilement l’élaboration d’une réflexion de fond. C’est pourquoi j’ai souhaité créer ces ateliers, avec pour ambition de rendre accessible à tous les textes et les concepts classiques (et moins classiques) qui ont façonné les pensées féministes et écologistes.

Pourquoi l’écologie politique et le féminisme ?

     Ces deux champs de réflexion font converger des questions philosophiques similaires, au point que parfois écologie politique et féminisme font front commun. Ces questions philosophiques, qui s’expriment dans les pensées écologistes et féministes, sont au nombre de trois :

La distinction nature/culture est la distinction supposée (et remise en question, nuancée voir abolie) entre la nature, c’est-à-dire ce qui s’impose à nous comme une nécessité et une contrainte avec laquelle il faut faire, et la culture, c’est-à-dire ce dont nous, humains, sommes les auteurs – et qui est donc contingent. En témoignent la diversité des sociétés humaines et leur manière de changer progressivement de modes de vie.

La réflexion sur le politique et l’action politique questionne les liens entre les individus et l’organisation d’une vie commune pour des individus divers. On notera l’importance ici de la notion de domination : nature comme femmes sont perçues comme étant abusivement dominées. Il s’agirait pour l’une comme pour l’autre de penser l’émancipation – et cette émancipation peut prendre bien des formes : la fuite, la préservation, la conservation, le réaménagement progressif de la société et de ses rapports, etc.

Le développement d’une prospection par le biais de la fiction, qui permet de faire le récit des maux qui nous arrivent, de les mettre en scène, de les interpréter par le biais de la fiction : c’est une manière de représenter les problèmes et d’en faire ressortir les points saillants tout en assumant un point de vue théorique et politique. Le récit permet de faire comprendre et de toucher le plus grand nombre par ses vertus immersives. Et puisqu’il faut changer les choses, il faut bien imaginer comment on voudrait qu’elles soient.

L'importance de revenir aux fondamentaux : histoire des idées et philosophie

     Que veut dire « protéger la nature » ? Quand et pourquoi avons-nous commencé à nous poser cette question ? Est-ce que tout le monde se la pose ? Peut-on dire que notre corps « a un sexe » ? Qu’est-ce que c’est, « le sexe » ? Quel rôle joue-t-il dans nos comportements ?

     À toutes ces questions, il n’y a pas de réponse unanime, mais de nombreuses propositions de comment comprendre les problèmes qui se posent, et de comment il est possible de les traiter. Elles ont une histoire (relativement récente), et de nombreuses réponses y ont été et y sont encore apportées. Chaque atelier est l’occasion pour les participants tant de s’interroger que de chercher des réponses, par l’échange avec le groupe ou la découverte des chemins de pensée qui ont déjà été parcourus et leur lecture critique.

     C’est à la méconnaissance de cette histoire des idées que j’entends remédier. En effet, ces pensées éclairent d’une lumière neuve et bien plus nette les controverses sociales, politiques, économiques, scientifiques actuelles. Elles permettent d’avoir à notre disposition les outils conceptuels qui sont à leurs fondements et qui les animent.

Des ateliers participatifs et un apport de connaissances

     Les ateliers que je propose, construits sous forme de questions philosophiques, sont adaptables en fonction de l’âge et des attentes en matière d’apport de connaissances théoriques. Dans mon travail, nourri par mon expérience pédagogique de professeur de philosophie, j’entends laisser une place importante à la parole des participants, à leur réflexion personnelle et à leur travail argumentaire. Mon rôle est celui de guider les échanges, de les stimuler, d’en faire garder une trace visuelle synthétique, et de les enrichir avec des textes qui ont participé de l’histoire de la pensée sur les thématiques abordées.